Mexique

Rencontres de femmes artisanes

Plaza de Artesanias - Veracruz
Plaza de Artesanias - Veracruz

38°C, chaleur humide, folklore caribéen et crustacés, bienvenue dans le Golfe du Mexique à Veracruz, ville portuaire historiquement connue pour avoir été la porte d’entrée du pays. Nous sommes ici à la découverte d’artisanat local. Bijoux, vêtements, sculptures, maquettes, cosmétiques naturels, poupées, on trouve toute sorte de trésors locaux réalisés à base de cuir, terre, sable, coquillage, coton tissé, laine, bois et graines. Ici nous avons rencontré quelques femmes artisanes avec qui nous avons coopéré. Nous vous partageons un peu de notre aventure…

Alicia
Alicia

Alicia, « mamita » du port de Veracruz :

Alicia est une femme d’une soixantaine d’années qui tient un atelier-boutique dans le centre historique de Veracruz. Au premier abord Alicia était plutôt méfiante. Pourtant je l’ai longtemps observé créer, tisser, coudre et même découper des coquillages pour en faire des objets de décoration. Alicia est très consciencieuse, et ne se laisse aucunement perturber par les passants. Je me suis même demandée si sa boutique lui servait vraiment. Le local ressemble plus à un atelier qu’à une boutique. Alicia vend des articles et gadgets touristiques que l'on retrouve un peu partout. C'est ce qui lui permet d'avoir la permission d'ouvrir une boutique "touristique locale" et à côté de cela elle vend ses propres productions (vêtements, bijoux, objets). Ce sont les coquillages qui m’ont attirée dans son petit univers. Je lui explique que je suis à la recherche d’objets fait main, de matières premières et que j’aimerai en savoir plus sur ses coquillages. De sa table d’atelier, tête baissée, Alicia me lance un regard noir en me montrant de la main son tas de coquillages pas forcément bien présenté sur le devant de sa boutique. Hum, je sens que le contact ne va pas être simple. Et pourtant : travail fait main, à la vue de tout le monde, matières naturelles, c’est bien avec elle que j’ai envie de m’impliquer pour coopérer. Ça prendra le temps que ça prendra. Je la laisse en lui faisant un léger signe de la main.

Le lendemain, une fois le soleil moins agressif, je reviens la voir. Elle me reconnaît et me salut brièvement de la tête. J’enclenche la conversation en lui demandant ce qu’elle fait. Elle m’explique qu’aujourd’hui elle prépare une commande de chemise pour le personnel d’un hôtel. Je reviens sur ces coquillages, j’aimerai savoir si dans la semaine je peux repasser la voir travailler ses coquillages. Elle me dit demain vers 15h.

 

Ok! Le lendemain je suis de retour. A cette heure-ci la chaleur est écrasante mais cela ne perturbe en rien Alicia. Cette fois-ci elle m’accueille avec un grand sourire. Je lui propose d’aller chercher un café glacé. Autour de notre café, Alicia s’interroge sur ma personne, qui suis-je ? Française, qu’est-ce que je fais ici, où ai-je appris à parler espagnol, qui est mon compagnon, qu’est-ce que je fais avec indahia. Je lui dirais bien d’aller jeter un œil sur internet mais vous imaginez bien que ce serait hors contexte. En même temps que nous discutons. Alicia découpe ses coquillages. Elle m’explique qu’elle les achète aux pêcheurs du port de Veracruz, que je peux les voir pêcher sur le ponton le matin de bonne heure. Son mari lui-même est pêcheur. C’est aussi lui qui a investi dans la machine à découper les coquillages. Après une bonne heure à échanger, je lui dis que je serai intéressée pour lui prendre quelques coquillages et notamment des portes clefs. Là, son regard s’arrêtent dans le mien, et contre toute attente elle me dit. « Bueno ! Si tu me passes commande, il faut d’abord venir à la cathédrale dimanche à 11h » Ben oui parce que seul Jésus peut protéger notre affaire. Ah bon d’accord, et bien après tout : s’adapter ça fait aussi parti du jeu. Alors c’est parti. Rendez-vous pris devant la cathédrale San José. Alicia s’est réjouie de mon accord. Du coup elle appelle de son téléphone fixe au fil à moitié arraché « Hermana Silvana » disons : Sœur Silvana. Hermana Silvana arrive 5 minutes après, nous faisons connaissance et Alicia lui explique qui je suis et que dimanche je les accompagnerai à la messe. J’ai cru comprendre qu’elles sont plutôt bonnes copines.

 

Dimanche, 11h du matin, le soleil est déjà brulant, je suis devant la Cathédrale de la Asuncion. Alicia et Sœur Silvana sont toutes pimpantes : maquillées, cheveux tirés, jolies robes blanches et éventails à la main, elles m’accueillent avec un large sourire. Alicia m’explique que son surnom ici c’est « Mamita ». Nous voilà parti pour la bénédiction de Jésus. Je dois dire que la messe était magnifique : en espagnol avec un mélange de chants religieux catholiques et afro-caribéens. Alicia me présente à toutes ses connaissances : Dona Maria, Alfonsa, Luceta, Ricardo, José. J’ai bien compris que Ricardo et José en pinçaient un peu pour Sœur Silvana et Alicia. Résultat : on continue au café du coin. Alicia m’a touchée au moins 20 fois la tête après la messe pour me faire comprendre que j’avais bien reçu la « Bendicion de HHHezousss » (entendre Jésus.) !! Nous retournons à la boutique d’Alicia où je fais enfin et finalement une sélection de ce que je souhaite lui prendre. Coquillages en poche, je salue Alicia, qui me tient fermement le bras pour me remercier. Après toute cette péripétie pour l’achat de porte clef fait main par Alicia, nous avons beaucoup de mal à se quitter. Si j’étais restée, j’aurai été invitée à manger chez elle, chez sœur Sœur Silvana, j’aurai fini à la messe tous les dimanches et j’aurai moi aussi danser la Bamba avec Ricardo et José. En tout cas je saurai quoi faire si je reviens à Veracruz. :)

Cathédrale de la Asunción
Cathédrale de la Asunción

Matilde, la douceur incarnée de Veracruz :

Matilde est une jeune femme rayonnante, joyeuse, disponible, et par-dessus tout fière d’être enceinte. Sa douceur embaume l’atmosphère. Elle s’est spécialisée dans la technique du macramé. Elle est née à Veracruz et a grandi ici. Elle tient une petite boutique sur le port qui lui sert aussi d’atelier. Je me suis essayée rapidement à la technique du macramé avec elle. Je n’ai pas pu faire grand-chose, à part une patate de nœuds mal formée. Il faut beaucoup de patience. Matilde a appris cette technique auprès des femmes de sa famille.

Je suis à la recherche de bracelets pour homme. Elle m’aurait bien vendu ses bracelets les plus colorés du port de Veracruz ! Je lui explique que chez nous les hommes ne mettent pas trop de fluo… à son grand désespoir je lui prendrais des bracelets aux couleurs plus nature. Cela-dit, nous avons passé un agréable moment. Je lui ai passé commande le matin et l’après-midi les bracelets étaient prêts.

 

Lucia
Lucia

Lucia, originaire du Chiapas :

 

Nous ne nous sommes pas impliqués pour indahia avec Lucia, mais on s’est dit pourquoi ne pas vous faire part de son parcours qui est représentatif de la situation des indigènes au Mexique. Lucia est originaire du Chiapas au sud du Mexique, d’une communauté maya nommée Tseltal. Elle fabrique des tuniques, chemises et ceintures. Ses matières premières sont le lin et le coton. Lucia manie la technique du tissage et également les techniques de coutures typiques du Chiapas. La plupart des motifs sont des fleurs et feuilles aux couleurs chatoyantes. Lucia s’est montrée très serviable et souriante auprès de nous. Elle est très discrète compréhensive et efficace. Elle vend ses tuniques sur le marché de Veracruz avec son grand frère qui gère les affaires. Lucia est très disponible pour ses clients mais ne se livre pas facilement. En échangeant un peu avec elle, elle nous explique qu’elle n’a pas bien vécu la séparation avec sa communauté lorsqu’elle a été contrainte de suivre une partie de sa famille pour vivre à Veracruz. Au Mexique la population indigène comprend 14 millions de personnes soit environ 10% de la population totale du Mexique. 75% d’entre eux vivent dans la pauvreté (Chiffre du CNPM). Beaucoup sont encore victimes de racisme, n’accèdent pas à l’éducation et ont une santé précaire. Lucia n’est pas allée à l’école mais a appris l’espagnol et appris à compter avec son frère et d’autres membres de sa famille pour pouvoir gérer leur travail. Elle m’explique que beaucoup des indigènes que nous voyons comme vendeurs ne maitrisent ni la langue ni le calcul. Elle s’estime donc heureuse de pouvoir le faire sans problème. Veracruz est une région attractive pour les touristes, c’est pourquoi beaucoup d’indigènes viennent s’y installer avec l’espoir d’une vie économiquement meilleure. Lucia et son frère ont un permis officiel pour faire les marchés. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde. La vente ambulante est interdite et punis par la loi au Mexique, et pourtant elle est visible à chaque coin de rue. Je repars avec deux magnifiques tuniques et un riche échange sur la situation des indigènes du Chiapas. En effet, la composition multiculturelle de la population du Mexique amène à s’interroger sur la reconnaissance de la diversité historiquement niée et qui se trouve à l’origine de profondes fractures sociales par des pratiques d’exclusion, discrimination et autres.